Lundi 17 octobre 2011
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Après quatre ans d'intense réflexion, la mairie a enfin décidé de faire quelque chose des grosses gaines qui égayaient la Route de Piérascas.
Ces fourreaux avaient été posés à l'occasion de la rénovation du réseau d'adduction d'eau en 2007, afin d'enfouir dès que possible les câbles électriques tendus sur les hauteurs du chemin.
Excellente idée a priori, mais peine perdue, nul ne souhaitant financer cet enfouissement (on aurait peut-être pu se renseigner avant). Les gaines étaient donc restées à l'abandon pour
la plus grande joie des rongeurs.
Mais voilà que, las d'être interpellé sur ce sujet par d'éternels râleurs, le Maire a pris l'initiative de faire passer dans ces gaines des
câbles électriques alimentant un nouvel éclairage public - que personne n'a demandé, et surtout pas les riverains vent debout contre ce projet mais que, comme d'habitude, on a bêtement oublié de
consulter. On a donc planté de nouveaux poteaux sur le chemin, en perforant au passage la canalisation d'eau toute neuve, ce qui fait que Piérascas ne va pas tarder à ressembler à un corridor de
Buren, certes, mais un corridor éclairé. A défaut d'être écolo, ça doit être moderne. Songez plutôt : il passe sur ce chemin une ligne électrique moyenne-tension alimentant le transformateur
du quartier, une ligne basse-tension, des lignes téléphoniques, et maintenant l'éclairage public. Un esprit plus ou moins cartésien aurait sûrement songé à réutiliser les poteaux existants plutôt
qu'en planter de nouveaux à grands frais, mais la rationalité ne s'invite pas toujours aux décisions municipales. Ainsi, le progrès faisant rage, les grosses gaines rouges ont été remplacées par
de grands poteaux verts sans que, pour autant, les câbles électriques ne daignent rentrer sous terre. Insensibles au charme de cette nouvelle et coûteuse ornementation, les indigènes en sont à
prier pour que France Telecom ne se pique pas de leur amener en plus la fibre optique. Les gens sont réactionnaires.
Force est de conjecturer que l'étrange manie d'ériger sur ce chemin des piquets de stationnement et autres poteaux électriques doit relever
d'une incantation freudienne, à moins qu'il ne s'agisse de quelque mystérieux culte bachique. Car, pour un parcours de 1500 m, la Route de Piérascas est aujourd'hui complantée d'un total de
- tenez-vous bien - 117 poteaux, soit en moyenne un poteau tous les 13 mètres, et encore l'opération n'est pas terminée. Comme il n'est guère probable qu'une telle névrose poteaumaniaque soit
très répandue de par le monde, le Livre Guinness des Records a été contacté.
Mais soyons juste : il paraît que tout ceci n'est que provisoire (on pèse le poids de ce mot dans le dictionnaire municipal) et que la
ligne moyenne-tension va être enterrée dans ces gaines (10 poteaux de moins, bravo, plus que 107), voire peut-être aussi la ligne basse-tension (alors là, chapeau, ça en fait une bonne trentaine,
on ne va plus reconnaître le chemin). Une question sotte et grenue consisterait à se demander pourquoi l'on a planté de nouveaux poteaux pour percher des réverbères au lieu de réutiliser les
poteaux existants qui acheminaient la ligne basse-tension à supprimer, puisque ce sont les mêmes. La réponse sera sans doute que ces nouveaux poteaux ont été placés précisément aux sorties des
gaines enterrées, ce qui ramènera à la question inverse de savoir pourquoi alors ces sorties de gaines n'ont pas été positionnées de façon intelligente, c'est-à-dire au pied des poteaux
existants.
Circulez, c'est une question idiote.
Post-scriptum du 30/11/2011 : le Maire assure que tous les poteaux vont être supprimés, à l'exception bien entendu de ceux portant l'éclairage public. A terme, toutes les
lignes électriques de la Route de Piérascas seront bel et bien enterrées. Simplement, ce genre d'opération ne se fait pas d'un claquement de doigts, notamment pour assurer la continuité de la
distribution. Bonne nouvelle, sauf pour les tourterelles qui devront se trouver d'autres perchoirs.
Post-post-scriptum du 20/12/2011 : un riverain ayant été oublié lors de l'enfouissement des gaines électriques, on vient de saigner à nouveau le chemin sur une cinquantaine de
mètres pour corriger cette bévue. Par contre, on n'a pas oublié de crever à nouveau la canalisation en faisant cette énième saignée, coupure d'eau et grosse inondation à la clef. La routine,
quoi.
Post-post-post-scriptum du 20/01/2012 : ce sont plutôt 150 m de gaines enfouies qui ont été oubliés en 2007 et le chemin ressemble à nouveau à un champ de bataille, avec une équipe
d'ouvriers au travail depuis plusieurs semaines pour réparer la négligence de ceux qui ont suivi le chantier à l'époque. Dans une société normale, le responsable serait dans un placard, occupé à
se masser des fesses douloureuses. Mais nous sommes à Tourrettes et l'on préfère ne pas savoir ce que tout ça aura coûté au budget municipal.